I-Le gant et le bonheur

Est-ce Bernard Minivielle, le père de David, qui le premier aurait lancé le bouchon à Jean Lauga, le très apprécié président du stade salisien pelote ? On ne sait pas, on ne sait plus ! Est-ce à l’inverse l’ancien grand joueur de pelote passé président qui aurait tendu la perche à Bernard Minvielle ? On ne sait pas, on ne sait plus. Est-ce que c’était à l’heure du café ? Celle de l’apéritif ? Un dimanche matin ? Un samedi après midi ? On ne sait pas, on ne sait plus. Le temps a depuis, suffisamment meublé l’histoire des uns comme des autres pour en effacer des mémoires les toutes premières.
Ce qu’elle n’a pas oublié l’histoire, c’est que cette rencontre entre deux copains, Bernard l’agriculteur de Carresse et Jeannot le peintre de Salies en était venu à mettre David, jeune écolier de sept printemps, mais déjà solide gamin, sur le devant de la conversation. « Et si tu me l’envoyais faire un essai à la pelote, hein, qu’est-ce que tu en penses, ça ne coûte rien ? » On ne jurerait pas que ce fut prononcé dans ces termes mais sur le fond c’est bien ce dont il s’agissait…
Du foot au fronton
David Minvielle jouait lui, parce qu’à sept ans on joue, et quand on joue à Carresse-Cassaber, c’est au football. Il n’a donc pas le moindre souvenir de la discussion de son père avec son ami Jeannot, il se souvient seulement de ce que l’époque était encore de celle où ce que papa prônait pour ses enfants ne se discutait guère, et c’était encore plus vrai en milieu rural. Il faut préciser aussi que les conseils des parents aux petits n’étaient jamais de mauvais conseils
Les destins de chacun s’écrivent curieusement parfois, David Minvielle ne s’en plaint pas, il continua quelques temps à pousser le ballon avec ses pieds et puis en même temps il fit connaissance avec un fronton, découvrit le grand gant d’osier, bref, il débuta en place libre et reconnaît aujourd’hui que « ça ne s’est pas trop mal passé », qu’il y prit goût et même qu’il avait quelques facilités.
Peu à peu, le football perdit un arrière gauche aux premiers pas prometteurs quand la pelote du Stade Salisien gagnait un joueur de place libre, la spécialité phare du club local, phare et estivale il est aussi question à Salies de cesta punta, mais en mur à gauche, puisqu’il n’est bien évidemment qu’on ne parle pas de jaï alaï. Est-il un sujet d’avenir ? C’est encore trop tôt pour émettre un pronostic. Ce qui va naître et grandir en revanche c’est une étiquette qui le suivra tout au long de sa carrière, elle mentionne « joueur de revers ». David Minvielle acquiesce et explique : « Comme en place libre tu joues beaucoup plus de pelotes avec ton revers, tu le travailles bien davantage, et ça te reste bien sûr. »
Champion minime à la « Goïzeko »
Méthodique, sérieux, régulier, appliqué, toutes ces choses qui seront elles aussi sa marque de fabrique à tous les âges et étages de son parcours, David Minvielle n’est pas glouton de lauriers chez les jeunes, c’est tout de même un joueur de dernier carré, de finales...Il ne lui manque pas souvent grand-chose sinon un partenaire. Ce n’est pas pour rien que la pelote a crée la règle de l’extension. Pour faire simple disons qu’il s’agit d’un prêt temporaire, pour une spécialité, d’un joueur. C’est qu’il n’est pas toujours possible pour une école de pelote de disposer de deux éléments complémentaires et de la même catégorie d’âge, bref d’aligner une formation. Et bien entendu, plus on s’éloigne des grands pôles et plus la difficulté s’accroît. La solution pour le jeune Minvielle, elle est à Saint Jean Pied de Port où Julien Duhalde est lui en manque d’arrières pour être plus compétitif. C’est le premier exil du béarnais de Carresse-Cassaber au Pays basque. Les deux feront la paire et quelle paire, elle est championne de France 1997 de cesta punta en mur à gauche.
« Quand tu gagnes un titre tu n’as qu’une hâte, c’est d’aller en chercher un autre et puis tout s’enchaîne », c’est ce que disait ici même Eric Irastorza. David Minvielle est sensiblement dans la même démarche après deux saisons à la Goïzeko, il entend aller un peu plus haut, franchir un cap supplémentaire.
Minvielle David prend le BAC
David Minvielle ne prend pas le BAC pour traverser un quelconque estuaire, non c’est le BAC biarrot du président Etcheverria qu’il rejoint. Pour y retrouver un célèbre compatriote, Serge Camy, célèbre à double titre, puisque membre de la famille qui tient l’auberge faisant office d’institution à Carresse et puis champion du monde de cesta punta en 1970 à San Sébastian avec Pierre Fourneau. Naturellement David connaît l’auberge, elle est à moins de deux kilomètres de la maison familiale, en revanche il n’était pas né, et pas prêt de naître, quand Serge devint champion du monde alors, il sait bien sûr que la commune compte un champion du monde, tout le monde sait d’ailleurs, mais ça passe, pour l’heure, un peu au dessus de ses centres d’intérêt . A l’arrivée de l’ado au BAC, Serge Camy en est un cadre salarié. Un second est dans les tuyaux, c’est Laurent Sorozabal qui rentre, mais cette fois avec tous ses bagages, du Connecticut où il a passé 14 saisons comme professionnel. C’est une belle équipe de spécialistes qui se dessinent et à laquelle David Minvielle, ajoute un troisième homme, Jean Pierre Marmouyet. Chez les « verts et blancs » de la côte il trouve aussi en Jon Curveur, un partenaire longue distance, entendez qu’il feront un bon bout de chemin ensemble. C’est dans ce creuset, très bien entouré, que va grandir le joueur de Carresse, se forger la panoplie du champion de demain.
« Tu te fais les ongles »
Avec un tournant dans cette « formation », c’est son arrivée dans les rangs des juniors avec un bagage suffisant à ce qu’il puisse doubler et se frotter à des joueurs d’autres générations. « C’est une chance que d’avoir pu taper avec et contre des seniors très aguerris les Albert Uthurria, Didier Laduche, Philippe Otéguy, Jean Marc Olharan, Laurent Garcia et son fils Clément, Laurent Sorozabal et ses deux fils, je cite de mémoire au moment où les noms me reviennent, j’en oublie très certainement… Là, pas de secrets, tu fais des progrès considérables, je ne veux pas opposer les anciens et les modernes, mais je me rappelle que ça jouait quelque chose, et que tu t’y faisais les ongles! » La couche de vernis est épaisse et solide, David Minvielle ne change pas sa manière d’être, sa nature, il se fait une armure pelote qu’il va pouvoir promener comme un grand, sans le concours des anciens… mais avec celui des Olharan et de la Section qui, à Pau, n’ont pas le complément de Jean Olharan au club alors que le jeune homme reste sur un triplé national chez les juniors.
Une belle histoire
Entre « verts et blancs », l’entente est cordiale et le duo qui naît va s’avancer pelote partagée mais également amitié partagée. Et titre partagé aussi, et quel titre, celui de 2010, le premier de Pau, et à Pau qui plus est. Entre Olharan et Minvielle la suite ne sera plus jamais la même, entre Minvielle et Pau la suite ne sera plus jamais la même. Ils passent pro ensemble (2011), changent d’agence ensemble (2015), sont encore champions de France ensemble (2011)… Il était naturel qu’ils finissent ensemble, cette 16ème « Cesta de Nadaü » n’est pas seulement spéciale, elle est la leur, elle est la fin d’une histoire comme on voudrait en conter beaucoup.
Après, le monde « pro » n’est pas celui des « bisounours » la compétition ne fait pas de cadeau, les cadeaux il faut aller les chercher, David Minvielle s’en offre un beau avec cette sélection pour le premier championnat du monde pro par nations, c’est à Hossegor, en 2011, et il joue avec Ion Tambourindéguy mais ne monte pas sur la boite, « tous les king étaient là, Goïko et Lopez l’emportent » sourit-il.
Et un beau CV
Ce n’est que partie remise, les « bleus » il va les retrouver et il va s’ illustrer avec eux, à la coupe du monde 2017 (or) comme au mondial biarrot de 2022 (bronze) où il a rejoué avec Jean Olharan. Plus de doute, l’enfant de Carresse appartient au peloton de tête des arrières tricolores, et son nom fleurit au bas des trophées, ceux du « Gant d’or » à Biarritz (2017, 2020, 2022), de la « Cesta de Nadaü » à Pau, (2023), du Master Luzien ( 2016) et puis aussi sur les boucliers de champions. Il en conquiert deux supplémentaires en 2014 avec Laurent Garcia et avec Jon Curveur en 2017.
Ce qui, tout compilé finit par lui faire une carte de visite bien « grassouillette », l’aurait-il souhaité plus grasse, lui l’éleveur de canard, même s’il ne les gave pas ?
Ne lui posez surtout pas la question, l’homme de la terre qu’il est connaît trop la valeur des choses, pour ne pas se satisfaire de son pécule. S’en satisfaire oui et avec un grand sourire en prime, sinon il serait hors cadre…Lui dont le gant était celui du bonheur.
Gérard Bouscarel
A suivre
II-Héritier de la noblesse
Sur nos photos (Raymond Cazadebat) de g à dr
*Cette photo est historique, elle date de 2010 quand l’association Olharan-Minvielle offre à la Section paloise son premier titre de championne de France. C’est à Pau de surcroît que le couronnement a lieu.
*Les champions de France 2010 radieux !
*Cette même année Olharan et Minvielle sont finalistes de la première édition de la « Cesta de Nadaü » battus en finale par Laurent Garcia et Laurent Alliez.
*Et toujours en 2010, ils remportent le défi organisé par la Section entre champions du monde (Ion Tambourindéguy et Nicola Etcheto) et champions de France.
*Novembre 2025, Gerard Pierrou et Jean Olharan accueillent David Minvielle venant préparer sa dernière sortie...
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