II-Pierre Péré, l'hymne au rebot

Aujourd’hui, Pierre Péré rame à contre courant. Combien de clubs aligne encore une équipe de rebot, à laquelle il faut, un buteur, on l’a vu, un cordier et trois joueurs de yoko garbi. Un cordier ? Pierre Péré, répond au besoin d’éclairage « Le rebot c’est la prolongation du jeu de peaume long avec la corde qui symbolise la ligne. Au tennis, le filet a remplacé la corde, au rebot le cordier c’est le filet. »
Si l’ouvrage « Hymne au rebot » signé Pierre Péré, chante le jeu de rebot, en décortique toutes les facettes, il magnifie aussi les photos de Pierre Saint Marc, et pousse l’auteur à honorer de poèmes chacune d’entre elles. Mais pour en saisir toutes les finesses mieux vaut avoir eu son premier livre entre les mains. Il est le point de départ indispensable pour comprendre les rudiments de cette spécialité de la pelote. Et c’est bien cette complexité des règles, la longueur des parties souvent, qui expliquent que le rebot, aussi magnifique soit-il aux yeux de l’ancien conseiller pédagogique, soit, pour partie, un jeu que le temps érode. L’autre partie c’est la disparition dans les clubs, de la pratique du petit gant, le joko garbi, il est à la base du rebot avec trois éléments par équipes.
La cancha c’est trois tiers
Ce que le novice a le plus de mal à comprendre c’est cette division de la cancha en trois tiers, avec un camp qui va en défendre un et l’autre deux, ce qui n’est pas la même chose on l’imagine. L’une des règles sanctionnant une faute qui permet le changement de terrain a pris le nom de l’arraya, un nom qui parle aujourd’hui davantage aux amateurs de chorale que de rebot, c’est celui qu’a pris le groupe de chants de Salies de Béarn, la cité du sel ne possédant plus d’équipe de rebot...
La Section non plus n’a plus de formation jouant au rebot. Mais elle en aligna et d’un talent suffisant pour jouer au vilain petit canard, être le poil à gratter du Pays Basque où l’on aime bien ses voisins jusqu’au moment où ils vous battent, alors on les aime un peu moins. Les « verts et blancs » ne sont pas des phénomènes de ce jeu ancestral, non, ils ne s’imposent au plus haut niveau qu’à deux reprises(*) et à 54 ans d’intervalle (1954 et 2008) qui plus est mais ce fut suffisant pour que le président de la fédération de l’époque mentionne que pour « la première fois depuis la création de l’épreuve elle échappait à un club non basque ». Et c’est aujourd’hui encore l’unique égratignure sur le palmarès du rebot que cette intrusion d’un club autre que basque, cette invitation de la Section Paloise au banquet de la seule spécialité de la pelote qui se joue véritablement par équipe.
Défenseur d’une cause perdue ?
En consacrant deux ouvrages, l’un très éducatif, l’autre plus poétique, Pierre Péré s’est érigé en parfait défenseur du rebot. Un défenseur armé d’une unique passion, mais une passion débordante. S’est-il en même temps élevé en avocat des causes perdues, ne plaide-t-il pas pour seulement redonner vie à ce rebot quelque peu boudé désormais. Non, bien sûr que non, il est de la race de ceux qui croient en leur mission en leur passion. Et tout comme il a vécu l’époque où même Hasparren, un bastion, ne trouvait plus cinq joueurs pour jouer, il a aussi vu, arriver, une fois la guerre passée, Jean Urruty, le crack de St palais, nommé « gloire du sport » en 1995 , qui a relancé le rebot nouveau, celui du gant d’osier supplantant le gant de cuir. Jean Urruty, il l’a croisé Pierre Péré, dans un vestiaire où il revenait la pommette et la tempes rougies par une pelote prise de plein fouet…
« Faut toujours en prendre une »
Il souffrait le garçon, jusqu’à ce que Jean Urruty qui se préparait lui dise, « tu sais petit à ce jeu il faut toujours en prendre une, au moins une », Pierre Péré en oublia le mal pour ne plus penser qu’à cet instant où le maître lui avait parlé… Il n’oublierai jamais, pas plus qu’il n’oubliera jamais le « clac ». Le clac c’est le bruit de la pelote quand elle frappe le sol, le bruit qui dit tout : « Il n’y en n’a pas un de pareil, et c’est grâce à lui que l’on sait ce qu’on va faire de la pelote », quand il parle ainsi Pierre Péré il est habité. Habité par le rebot tout entier, et c’est tout qui s’agite, sa tête, ses mains ses bras, ses yeux, sa voix ! Est-il encore avec ses interlocuteurs ? Pas sûr. De retour sur la cancha ? Qui sait…
Alors ? Alors, on se dit que l’homme et ses convictions forgent le respect assurément, et que son pari vivra tant qu’il vivra. Et restera dans l’histoire, or ne n’est pas tout le monde qui rentre dans l’histoire.
(*) l’équipe qui offrit à la Section Paloise son premier titre de champion de France élite en 1954 était composée de Tournerie, Jacques Marcade, Matrassy, Cassagne, Mathias Altuzarra.
Celle de 2008 : les frères Laberdesque, Olivier et Yannick, Boudet, Muscarditz, Landagaray.
Gérard Bouscarel
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