Ligue des Nations: amer argent

Quelques centimètres, moins de dix assurément, ont envoyé l’équipe d’Espagne au paradis de la paleta cuir et bien évidemment, à l’inverse, plongé la sélection française celle de Lucas Hourçourigaray et de Sylvain Brefel, non pas en enfer, on ne va jamais en enfer dans le monde du sport, mais dans la plus injuste des tristesses. C’était une de ces parties, dont on dit, parce qu’on ne sait pas dire autre chose, qu’elle n’aurait pas du couronner l’un ou l’autre des prétendants, ou bien alors, offrir ses faveurs aux deux protagonistes. Mais ceci est une manière de se consoler, d’essayer de se consoler.
De l’or à l’argent amer
Et ce samedi à Bilbao dans le fronton « Bizcaïa » qui s’était terriblement francisé, comme si une très grosse partie de la planète cuir avait accouru au soutien de cette équipe de France, Lucas Hourçourigary était inconsolable. Ainsi aux accolades, sympathiques des partenaires remplaçants
des dirigeants, des entraîneurs, des adversaires même, il préféra la solitude du vestiaire. Il y alla en pressant le pas, il avait le rictus noir, et la mâchoire serrée, il venait tout simplement de voir l’or du titre se transformer en un amer argent.
A quelques centimètres près, il aurait pu être le héros du jour, et il fut le plus malheureux de tous les joueurs de paleta cuir du fronton. Sans rien avoir à se reprocher, sinon d’avoir « tiré » un deux murs dans l’espace où aucun adversaire n’était, un deux murs comme il en avait réussi une belle pelleté depuis le but initial. Mais autant la pelote épouse le sol de la cancha en faisant un doux bruit, autant sur le bois extérieur vient elle claquer un bruit sourd synonyme de défaite.
Cette belle torride hésitait
La belle hésitait tant à choisir le meilleur des deux duos, qu’elle avait emmené les quatre joueurs au bout du bout de ce qu’elle pouvait, c’est à dire à 9-9, c’est à dire au pire du pire quoiqu’il arrive. Et ce pire, Lucas Hourçourigaray l’affronta de face, debout, hardi, calé sur ses appuis, la pala collée à la main, bien serrée. Il était au centre de la cancha et au centre des attentions et toute rage dehors, le bras tendu comme un arc, il joua la gagne, il aurait pu jouer la prudence, remettre à bon, mais il est de cette race des seigneurs qui ne savent pas gagner petit, qui aiment la lumière, et en cette fin de matinée Bilbao était elle aussi ensoleillée.
Ce France- Espagne était, comme souvent, le sommet annoncé, les spécialistes disent d’ailleurs, « un tournoi commence avec un France-Espagne de poule et s’achève par un France-Espagne en finale…La ligue des Nations de Bilbao n’a pas failli à la tradition, toute la tradition, puisque ce final de « muerte » ressemblait étrangement à celui de Biarritz 2022 et le mondial, à savoir une première manche très tricolore avec une mention spéciale pour Sylvain Brefel. Le toulousain plus tout à fait jeune, soit dit en passant, en était samedi matin à sa troisième partie en moins de 24 heures et sans afficher le moindre signe de faiblesse ou de fatigue, excusez du peu.
France dominante
Précis, adroit, et puissant Brefel était en canne et comme Lucas Hourçou excellait dans ce rôle d’accélérateur de pelote ou de finisseur sans pitié, la domination française obligea le coach adverse à remplacer son avant au dernier point de la première manche, histoire de le chauffer sans doute car la manche était cuite depuis belle lurette (8-3, 11-5, 15-6).
Dans sa nouvelle configuration l’équipe d’Espagne, moins bien poussée par le public du « Bizkaïa » que ne le fut la veille la sélection d’Euskadi, mais plus agressive répondit du tac au tac aux français si bien qu’à 9 partout et après une longue série d’égalités ce sont eux qui lâchèrent du lest en accusant un vrai coup de moins bien (9-14)…
Par la grande porte ou pas du tout
L’Espagne s’échappa en force pour égaliser (15-11) et comme en 2022 la belle fut terrible pour ne pas dire torride, à l’image de deux boxeurs qui dans un corps à corps se seraient rendu coups pour coups (4-4, 6-6, 8-8, 9-9) jusqu’à en être saoulés, jusqu’à s’en remettre à la loterie du dernier point…
C’est cette loterie que Luca Hourçou refusa, quitte à être champion que ce soit par la grand porte et non pas petit bras. Le coup était parfait et dans la stratégie et dans la conception, il pouvait être gagnant, il fut perdant hélas et comme à Biarritz c’est d’argent dont il fallu se satisfaire, oui mais cette fois d’un argent de combattant seulement battu par quelques centimètres, pas beaucoup de centimètres mais suffisamment pour que la défaite soit très indigeste, presqu’inhumaine et elle le fut...Cet argent là serait amer, très amer...
Gérard Bouscarel
Lire plus
Découvrez notre boutique officielle
Équipez-vous avec nos articles officiels : maillots, sweats, pantalons, sacs et plus encore, pour soutenir votre équipe avec style !






