II-Clément Garcia: "je ne viens pas de nulle part"

Clément Garcia, le puissant et solide avant de la Kostakoak de Bidart n’a pas renversé la table cet été. Pas tout à fait. Mais elle n’était plus tenue au sol que par un seul de ses pieds et menaçait sérieusement de se retrouver les quatre fers en l’air…
Ce qui, traduit en langage pelote signifie tout simplement que le garçon issu numéro 1 des qualifications a contraint et forcé les dynosaures en place à donner un sacré coup de rein, pour le priver d’une possible victoire en « summer league » sans toutefois le faire descendre du podium…
Imaginons, toutes proportions gardées et sachant que ce n’est pas le même monde un tennisman venir à Roland Garros avec une « wild card » et atteignant le dernier carré, le titre de « l ’Equipe », imaginons l’onde de choc dans le milieu…
Si Clément Garcia n’a pas été, au final, le tube de l’été il est tout de même le 3ème avant de la summer league et le vainqueur d’un « slam », celui de Biarritz, il est aussi, même si c’est là très subjectif, celui dont on a souvent entendu monté dans les tribunes cette promesse, « ne cherchez pas le futur avant de l’équipe de France, vous l’avez là », et le « là » pointait en direction de Clément Garcia…
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En vacances après ce somptueux « gant d’or » biarrot, vous avez du savourer ?
-Clément Garcia : « Oui, mais non je pensais couper après avoir joué le lundi, le mardi et le mercredi mais les organisateurs d’un tournoi à Fontarrabie m’ont appelé, ils avaient un joueur blessé, Hormaexea, je suis donc allé le vendredi en Espagne… Derrière, je me promettais une semaine pleine sans gant ».
En même temps, c’est « un bout de gant » mis en Espagne et c’est intéressant qu’on pense à vous, non ?.
-C G : « C’est Eguigurren (*) qui m’a appelé ; J’avais été à Berriatua disputer cet hiver un tournoi, tête à tête de la « jaï alaï league B » puis il m’avait vu également à Dania, en Floride puisque j’y avais fait la saison »
Quel bilan tirez-vous de cette summer league, on peut supposer qu’il est bon Non ?
C. G : « Oui, effectivement, quand je repense à mes débuts et qu’aujourd’hui je remporte un titre avec Thibault, en plus, je ne peux qu’être satisfait. Bien sûr, on se rêve toujours un peu plus haut, mais déjà, prouver que je pouvais être performant sur la durée est une grande satisfaction.
J’ai tout de même un tout petit regret c’est de ne jamais avoir gagné avec Guillen Oyhenard, on s’entend super bien et on très copains... »
Ce premier « gant d’or », cette première grande victoire de votre carrière, ils chauffaient tout de même après être passés tout près en championnat ?
C. G : « On perd deux fois, et deux fois contre Mauléon, très près du but, en demi finale du championnat de France et puis en finale du championnat du Pays Basque.
Aviez vous pensé gagner un des trois « Slams » de la summer league ?
C. G : « Honnêtement quand j’ai vu le plateau, je m’étais fixé comme objectif de me qualifier pour les « slam ». Ok, la victoire est venue et c’est super mais je savais qu’au niveau du jeu j’étais capable, il fallait juste que sois performant sur la durée. Je ne viens pas de nulle part non plus. »
Non, puisque vous aviez déjà gagné les « serie’s » qualificatives l’an dernier. Est-ce que vous pensiez intégrer le plateau sans y retourner, en étiez vous amer, vous a-t-on dit le pourquoi ?
C.G : « Non rien de tout cela. Un, je n’avais rien gagné et deux, il y avait du beau monde devant. On avait fait les calculs avec Emeric (Libois, autre joueur de la Kostakoak de Bidart, NDLR) et on en avait vite déduit qu’il ne resterait plus qu’une place soit pour lui soit pour moi. Il n’y avait donc pas de scandale. »
Justement, qu’aimez vous ou que n’aimez vous pas que l’on accole à votre nom ? La surprise Garcia, la révélation, la confirmation, l’éclosion, la consécration ?
C.G : (Il prend le temps de la réflexion) : « J’avoue que ça m’importe peu, mais comme c’est tout de même la deuxième année que je termine en tête des qualifs, je crois que ce serait la confirmation. »
A quel niveau situez vous la progression qui vous a permis de franchir un pallier supplémentaire ?
C.G : « Je pense avoir gagné, offensivement, en précision, puissant je l’ai toujours été même si je fais toujours du renforcement musculaire, mais je manquais de précision.
Au niveau de la régularité aussi je suis davantage capable de maintenir mon niveau de jeu sur la durée. »
On connaît et on sait la dimension émotionnelle de votre victoire au « Gant d’or » Laurent, votre père et ancien grand champion(**), est souvent, pour ne pas dire toujours, à vos côtés. En quoi vous est-il précieux ?
C.G : « Papa, il a une telle compétence que c’est obligatoire qu’il m’aide… Et je dois dire qu’il m’apporte beaucoup, c’est déjà un œil extérieur à la cancha qui voit des détails que nous, dans le feu de l’action, on ne voit pas toujours. Après, ses conseils sont précieux dans le choix des pelotes, le placement, la stratégie, la communication avec l’arrière, bref une foule de choses qui surgissent aussi sur l’instant de telle ou telle autre partie. Mais il m’est très précieux. »
Vous arrive-t-il de rêver l’égaler un jour au niveau du palmarès ?
C. G : « Papa, il a placé la barre très haute et moi je viens juste de gagner un premier trophée donc j’en suis loin, très loin, on n’ a pas le même palmarès »
D’autant que vous n’avez pas encore goûté à la sélection en équipe de France mais que ce n’est pas de votre faute, racontez-nous ?
C.G : « J’ai 20 ans en 2021 et je fais la préparation pour le mondial des moins de 22 ans au Mexique de juin jusqu’à l’été. Je suis dans la short list et pas mal parti quand dans une partie d’entraînement je suis victime d’une rupture des ligaments du genou. Je ne connaissais rien de la médecine mais au « clac » que j’ai entendu en tombant, j’ai compris que je n’irais pas au mondial. J’ai été au CERS de Capbreton (***) pour la réeducation et je regardais les parties allongé sur la table du kiné…
Et ce n’est que le début de vos ennuis…
C.G : « Oui, onze mois après, je rejoue depuis 2 mois, quand dans un tournoi « espoir » en lever de rideau c’est la même blessure mais à l’autre genou ! De nouveau 6 mois sans rien faire et puis 7 à 8 pour revenir, le train du Pro tour 1ère série que je devais prendre, passe devant moi sans s’arrêter... »
Doutez-vous dans ces périodes, pensez- vous au pire où pas du tout ?
C.G : « J’aime trop le sport pour douter ! Mon objectif a toujours été de revenir le plus vite possible et le plus fort possible. Pour cela, j’ai bossé dur, c’est vrai mais toujours avec une super motivation. Je suis d’ailleurs assez satisfait de la façon dont j’ai traversé cette épreuve, sans jamais me morfondre...Aujourd’hui je touche du bois tout va très bien, le renforcement musculaire fait à Capbreton porte ses fruits. »
Est-ce qu’aujourd’hui l’équipe de France fait partie de vos plans ?
C.G : « Oui bien sûr, elle l’ait et elle l’a toujours été... »
Que faut-il vous souhaiter désormais ?
C.G : « De jouer le plus de tournois possibles et partout... »
Vous souvenez-vous de vos débuts ?
C.G : « Oui, je me rappelle que jusqu’en benjamin je jouais derrière parce que j’étais un peu grand. C’est après que je suis passé à l’avant. Je me rappelle aussi avoir gagné le « Pilotari ttiki (****) chez moi à Bidart, ce fut ma première compétition et en même temps ma première victoire.»
Recueilli par Gérard Bouscarel
*C’est un ancien joueur pro responsable aujourd’hui de l’empressa « Jaialive », qui est l’autre empressa espagnole en face de « Eraman » de Goikoexea
**Laurent Garcia a notamment été trois fois champion du monde en 2004, 2006 et 2008 et a gagné deux gants d’or !
***Le CERS de Capbreton, sur la côte landaise face à l’océan est un établissement de soins et de réadaptation unique en France spécialisé dans la prise en charge des sportifs.
****Le Pilotari Ttiki est un grand tournoi international de cesta punta réservé aux enfants de 7 à 13 ans (un peu équivalent des « Petits As » au tennis, organisé chaque année à Bidart en mai par l'association Kostakoak.
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