Garcia-Oyhenard, seigneurs à Pau

La langue française a ceci de très avantageux c’est qu’elle ne vous laisse que très rarement en rade devant la feuille blanche. Elle offre le plus souvent tout un arsenal de superlatifs pour qualifier les vainqueurs sans clouer au pilori les vaincus, sachant que pour rendre une partie enthousiasmante, on a besoin des deux camps…
On était donc prêts à se jeter goulûment sur l’une des formules consacrées pour magnifier le succès de Clément Garcia et de Guillen Oyhenard face à Xabier Barandika et Unaï Lékérika. Rien qu’à l’expérience, le duo des copains de Gernika, tous deux trentenaires présentaient une solide garantie. Rien qu’au palmarès les doubles vainqueurs de la « cesta de Nadaü » présentaient plus beau. Rien qu’au prestige de leur nom, les potentiels numéros 1 d’Euskadi après la retraite de Lopez et le moins bien d’Erkiaga, présentaient des profils de vainqueurs.
Jean Olharan la bonne analyse
C’est que pour mettre autant de références dans la colonne d’en face on avait, avouons le, quelques difficultés. Clément Garcia issue des qualifications, Guillen Oyhenard désormais numéro 2 français certifié par sa sélection avec Thibaut Basque pour le mondial argentin d’octobre prochain. Plus quelques broutilles mais rien de très significatif, sinon la jeunesse, ah la jeunesse…
Et puis on a rangé dans la poche, le mouchoir par dessus, les fameux clichés genre, « grosse surprise à Pau », « coup de trafalgar » « la Pau cup perd la boule », « la jeunesse au pouvoir », en se souvenant de l’analyse de Jean Olharan qui avant d’entrer en lice avait posé sur cette summer league le postulat selon lequel elle n’avait jamais été aussi ouverte, selon lequel il serait bien incapable de dégager un favori de chaque affiche. Alors, au moment de conter le succès de Garcia-Oyhenard sur Barandika-Lekerika ne pas accorder de crédit au jugement d’Olharan, revenait à aller droit dans le mur, se fracasser contre, et passer pour un bel imbécile ! Un grand merci donc à cette petite voix venue de loin nous dire qu’il y avait sur la cancha quatre garçons en conquête, et que ce serait au plus fort la guirlande.
Garcia, une entame diabolique
« Qui c’est les plus forts, les plus forts évidemment c’est les verts », disait la chanson que toute la France ou presque fredonnait en 1975 et que les gradins du jaï palois auraient pu sans soucis reprendre en cœur. Clément Garcia, déclencha au premier des « yo » trois coups de fusils dont la précision la puissance et l’audace furent autant de points gagnants qui figèrent Barandika contraint de se demander que quelle planète débarquait cet homme vert irrespectueux et bousculant les codes. Le bon Xabier dont le coude brisé en mars n’est peut-être pas encore tout à fait celui du champion, n’avait pas fini de s’interroger. Garcia, six points gagnants à lui seul, lui fit passer une sale soirée à son vis à vis, sur une cancha où ce n’était pas d’ordinaire le cas. Sur une cancha où le Lékerika impérial la veille à St Jean de Luz, ne prenait pas non plus le dessus sur un Guillen Oyhenard dont on comprit à la férocité de la défense pourquoi il avait tapé dans l’œil du sélectionneur qui en a fait la doublure de Thibault Basque pour le prochain mondial.
Ce 3-0 initial jamais les deux basques ne le colmatèrent vraiment où alors quand ils le firent (5-5, 6-6) ce fut pour recommencer peu après (6-9 , 7-10). Pelote vive, pelote moins vive, rien n’y fit, les maîtres de la cancha étaient verts et français, à 8-13 ils eurent beau gratifier les gradins de gestes somptueux Garcia termina la manche comme il l’avait commencé par un boulet de canon qui cloua Lekerika au fond, trop au fond pour s’en sortir (15-13). Entre temps et toujours avec ses 3 points de bonus (13-10, 14-11), Lekerika sauva quatre pelotes pour rappeler le champion qu’il peut être mais Oyhenard sauta aussi haut que lui au mur pour défendre. Le gagnant c’était le public !
Achevés par un 8-1
Dire que nos deux champions basques prirent un coup sur la tête relevait de l’euphémisme, menés 1-4 d’entrée de seconde manche ils réagirent jusqu’à 5-5 avant d’être purement et simplement broyés par deux garçons frappant forts mais surtout juste, ce qui est le complément indispensable. C’était presque à n’en pas croire ses yeux, Garcia-Oyhenard enchaînèrent à cheval sur le tiempo un 8-1. qui les mettait sur la voie royale (13-6) ils y restèrent bien sûr pour conclure à 15-8 contre une équipe qu’ils venaient de battre certes mais, plus encore, assommés. La preuve saoulés de coups ils finirent cabossés dans leur tête et contents sans doute de ce que ce clavaire soit terminé.
Jean Olharan a donc raison, les parties n’ont jamais été auusi ouvertes. On a donc suivi à la lettre ses recommandations et vous vérifierez que pas une seule fois on a parlé d’exploit… Ca nous a tout de même démangé !
*La quiñiela du lever de rideau a été remportée par le duo Xavi Cavier (Goizeko), Florian Antiga 24 points, devant Antton Eyheregaray et Liam Guilleton du Bac 17 points et Mattin Indart et Yon Dubourg de la Kostakoak de Bidart 12pts.
Gérard Bouscarel
Reportage photo Raymond Cazadébat
Découvrez notre boutique officielle
Équipez-vous avec nos articles officiels : maillots, sweats, pantalons, sacs et plus encore, pour soutenir votre équipe avec style !











