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Oyhenard et Christy, le joueur et le batailleur

Ce n’est pas le titre d’une fable que l’on aurait emprunté au célèbre Jean de la Fontaine, que l’histoire qui associe à Mauléon, Guillaume Christy et Guillen Oyhenard, pelotaris tous deux, dans un projet révolutionnaire de fabrication de chistéras ou grands gants. C’est aujourd’hui une réalité mais elle est en constante évolution puisque son but suprême n’est pas encore atteint…
10.10.2026
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Les deux associés devant la fresque offerte par un argentin du SAM rugby.
Les deux associés devant la fresque offerte par un argentin du SAM rugby.

« Tiens, justement voilà l’ingénieur »! A son sourire coquin on devine vite que Guillen Oyhenard a forcé le trait pour dire qui était Mathieu Christy, le personnage clé, l’architecte du gant que l’imprimante « 3D » continue de forger en déposant  à chaque aller-retour de sa pointe une couche de plastique épousant la trame du futur chistéra.  « Il veut toujours me faire passer pour l’ ingénieur que je ne suis pas du tout » rétorque aussi sec, mais sans velléité aucune celui qui est passé à l’atelier des Oyhenard pour parler pelote, et plus précisément de réservation des créneaux horaires qui sont accordés.  « Bon alors, l’ingénieux » reprend toujours sourire aux lèvres le champion souletin venu tutoyer en 2026, les sommets de la hiérarchie des arrières.

Ingénieur ? Ingénieux ? Batailleur plutôt !

Il est avec Emeric Libois, champion du Pays Basque après avoir battu Garcia-Basque en finale à St Jean de Luz et ce titre est une grande première dans l’histoire du SAM, le club omnisport de la ville. Il est finaliste, du championnat de France, toujours avec Libois, battu en trois manches par les frangins Soro, il est le numéro 1 des arrières de la « summmer ligue » et tout ça regroupé lui taille un costume d’international qui décollera pour le mondial argentin ! Mathieu Chrispy, dont on devine très vite que c’est la discrétion et la modestie qui l’habillent, n’acquiesce toujours pas. « Dis plutôt le batailleur, va »…

Et c’est vrai qu’il a bataillé, Mathieu depuis le jour où, joueur de pelote également, il est revenu au club, après une pause, en tant que dirigeant et éducateur pour vérifier que les gants des gamins de l’école de pelote étaient « dans un état catastrophique.» se souvient  Guillen Oyhenard qui retrouve soudain son sérieux.

Deux ans et demi de recherche

A partir  de ce constat,  le « batailleur »  s’est mis à la fois en tête mais aussi en quête de trouver le moyen de  faire « des gants autrement » !  Il part de rien  le batailleur mais il est tout de même un batailleur de très haut niveau. Il usine et moule, à son compte désormais, des pièces de précision destinées à l’aéronautique.  Il travaille notamment avec « Safran » que les anciens ont connu sous le nom de « Messier ». Il possède donc quelques belles compétences, des connaissances aussi et  puis, plus il entend dire que ce projet là est un peu fou, que c’est impossible de faire autrement que ce que les « cesteros » font à l’heure actuelle, bref moins il est pris au sérieux et plus il y puise une énorme source de motivation.

Deux ans et demi, peut-être même un peu plus,  c’est le temps qu’il faut à Mathieu Christy pour trouver la solution, elle passe par le « 3D » oui mais après des heures à plancher sur le dessin, la trame. Elles se comptent pas centaines, elles ne se comptent

même plus…Leur seul nom, c’est passion !

Un gant « tout pourri » pour apprendre   

Guillen Oyhenard est immédiatement emballé par cette idée de son copain de club dont il se rapproche d’autant plus que c’est lui le cobaye qui effectue les premiers tests avec les « carcasses » de Mathieu, que lui même tresse !

L’enfant de Roquiague qui accuse désormais près d’1m90 sous la toise a certes trouvé sa voie professionnellement, dans le secteur commercial notamment  mais à l’idée d’évoluer  et, qui sait, de devenir  son propre patron fabriquant des chistéras, il se prend à rêver…Puisque du rêve à la réalité le pas ne paraît plus si grand à franchir...

Quand il part à Dania en 2025 dans le contingent des joueurs français choisis pour disputer la saison US, part aussi  Bicente Gonzalez et puis un vieux gant, « tout pourri ». Gonzalez c’est l’une des références -peu nombreuses- quand on parle fabrication de chistéras, il y a un label attaché à cette maison qui entretient la tradition de génération en génération. Bicente, le dernier  de la famille c’est aussi le partenaire de Guillen avec lequel il est en équipe de France espoir médaillé de bronze du mondial 2021 au Mexique !

« Il faudra bien trouver une solution »

Alors, à Dania, entre deux séances  de « quiñiélas, ce n’est pas les plages de Floride qu’Oyhenard fréquente, mais les cours de tressage de son pote. « Si on l’a monté et démonté ce pauvre gant ? Des dizaines et des dizaines de fois…. »

Au retour des USA, c’est le père de Bicente, qui poursuit la formation, et puis c’est aussi auprès de Laurent Sorozabal qui fabrique surtout les gants pour les joueurs du BAC dont il est dirigeant qu’il va chercher conseils et parfaire sa technique…

Car le projet avance et plutôt bien. On l’a vu, c’est la 23ème version du gant que « tisse » la grosse machine venue d’Allemagne.

Autant dire que l’arrivée désormais programmée de Guillen Oyheanrd  sur le marché du gant de pelote, n’est pas mal vue, elle  reçoit même  de la sympathie. « Bien sûr, in finé, je suis un concurrent, mais en même temps ils savent très bien, Peïo, comme Laurent, qu’il faudra trouver une solution au problème du gant ! Il y a beaucoup plus de demandes que d’offres, ce n’est pas un métier d’avenir pour les jeunes et le produit, entièrement artisanal, réclame 25 heures de travail, il est très onéreux pour les clubs comme pour les joueurs. »

« Bota lantegia » tout un symbole

Entre nos deux mauléonais, pas de soucis, l’entente est  celle de deux copains qui connaissent les frontières de leur aventure, « Mathieu avait un vision club dès le départ, moi je voulais en faire mon métier. Une fois qu’il a eu déposé son brevet, je lui ai loué une licence de brevet. »

Et ainsi le garage familial à l’angle de la rue Augustin Chaho est-il devenu le « Bota Lantegia », l’atelier Bota, une référence à l’engagement sur la cancha suivi de l’envol de la pelote, tout un symbole qui colle à merveille au projet du tandem auquel il est indispensable d’associer « Aita », André le papa, homme dont les mains en or permettent au gant de chez Bota d’être entièrement une fabrication Bota.

Il y a un an, tout juste ou presque, que dès le matin, Guillen allume l’imposante imprimante. Elle a été minutieusement programmée en fonction de sa version et elle va construire un demi gant, laissant le soin à Guillen et André de faire tout autre chose, des réparations par exemple,  puisque « Bota » répare aussi. C’est que cette entreprise familiale repose toute entière sur l’investissement de fonds propres et que c’est le succès rencontré auprès des écoles de pelote du Pays Basque, mais pas que, est un véritable encouragement à poursuivre, étape par étape, l’objectif final, un gant séduisant le secteur professionnel…

« Je n’ai pas vu passer l’année »

Le bilan de cette première année, il déclenche un vrai sourire sur le visage de Guillen Oyhenard, « je n’ai pas vu passer l’année, elle est passée à une vitesse extraordinaire. Je suis mon propre patron pour organiser et planifier le travail, je peux ainsi me libérer pour jouer, m’entraîner, bref joindre l’utile à l’agréable, » dit avec un plaisir non feint  celui qui a mis près de cinq ans avant de retrouver l’équipe de France. « C’est que la marche est haute entre les espoirs et le haut niveau senior, il faut du temps, des opportunités, appartenir à un grand club est aussi un atout, » explique posément Guillen pour dire qu’il a « vivoté » et pour remercier « Jaï alive » de l’avoir fait jouer en Espagne des tournois secondaires. 2025 l’a ainsi remis en selle et 2026, on le sait, l’a vu renaître non pas comme le phénix de ses cendres, mais renaître au plus haut de l’échelle.

C’est une histoire simple au fond, Guillen Oyhenard  joue et de mieux en mieux sur les canchas et « avec la banane », et Mathieu Christy  « bataille » puisque c’est  « batailleur » qu’il se veut être, on veut bien mais il y a aussi, dans cette catégorie,  des batailleurs  de luxe…

Gérard Bouscarel   

Sur nos photos de gauche à droite

*Guillen et Jean le fils et "Aita" devant le garage devenu atelieer et appelé à s'agrandir.

*Un gant 100% "Bota", le gant c'est André

* Le bourrelet du haut du gant c'est aussi André

*Pluôt machine à coudre qu'imprimante le papa

*Guillen n'a pas chargé les murs en décoration, mais la "boina" du titre 2025 est en bonne place, puisque "ça oui c'est un trophée..."

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