Michel Lagan, il aime s'engager

Michel Lagan est un basque, un vrai, dont le nom ne dit pas qu’il est basque. D’ordinaire et presque toujours la consonance suffit à localiser les origines, traduire l’appartenance à une communauté. Là rien, ses parents, l’un de Saint Palais l’autre de Saint Jean Pied de Port, n’ont pas mis la moindre indication sur le registre de l’état civil. Michel Lagan est pourtant membre de l’amicale des basques de Pau, ville où il a vu le jour, depuis 1968, ce qui fait de lui l’un des plus anciens membres de l’association. Il en est encore le vice-président et il en assura la charge la plus haute, celle de président, c’était entre 2018 à 2021.
Il chantait à l’amicale, elle aussi…
C’est peu dire qu’il ne fit jamais secret de ses racines le désormais trésorier adjoint de la section pelote, adjoint de qui ? De Jean Marc Olharan son beau-frère ! C’est dans le cadre de la chorale de « Lagunt eta Maïta » que se sont nouées ces relations de famille. Jean Marc Olharan dansait à l’amicale, sa sœur chantait à la chorale, Michel Lagan y chantait également. Il reconnaît volontiers s’être bien davantage intéressé à Élisabeth qu’à son frère. Ce n’est pas de cet épisode étroitement lié au folklore basque que date l’arrivée de Michel Lagan dans le milieu de la pelote. Non, il épousait une fille Olharan pas la passion de cette famille pour ce sport. Pas encore. Et ce n’était pas non plus pour le lendemain puisque sa carrière professionnelle allait lui faire faire un crochet bien loin du Béarn et du Pays Basque, bien loin de chez lui et de ce monde associatif qu’il avait épousé tout jeune, associatif et sportif puisqu’il pratiqua le rugby sous les couleurs de l’AS Pont Long, l’une des pionnières en matière d’ unions, elle concernait Serres-Castet et Montardon. « Je jouais plus souvent avec la réserve qu’avec l’équipe première » s’empresse de moduler Michel Lagan qui pouvait couvrir les postes de centre et d’ailier et qui se couvre toujours de pudeur.
Direction Clermont et l’école Michelin
C’est le hasard d’une petite annonce dans le journal qui lui fait prendre la route de Clermont Ferrand, cette capitale de la région d’Auvergne et ses chaînes volcaniques, son célèbre Puy de Dôme, sa cathédrale noire puisque faite de ces pierres volcaniques justement, et puis Michelin et son petit bonhomme tout blanc, Michelin la locomotive économique de la région. Elle plaît bien au jeune commercial passé par le lycée St Cricq, cette annonce qui fait état de la recherche de commerciaux par Michelin.
Et voilà comment en 1976, Michel Lagan se lance sur les routes de France, direction Clermont pour une formation de six mois à « l’école » de chez Michelin. Il en sort avec un billet retour ou presque au pays, il est nommé responsable commercial pour les Landes, le voilà montois pour sa grande première, il y en aura beaucoup d’autres annonce Michel Lagan : « nous avons déménagé onze fois », toujours à l’intérieur de l’hexagone toutefois.
Le DRH supporte l’ASM
Autant dire qu’il n’est toujours pas question de pelote basque, l’homme qui aime nager a même changé de casquette, s’il allait avec son père voir jouer la Section paloise, c’est l’écharpe « jaune et bleue » qu’il porte désormais. « Quand tu travailles chez Michelin c’est beaucoup plus normal d’être supporter de l’ASM... » dit-il sans que ça le gêne vraiment, il aime le rugby donc le voilà abonné d’une équipe et de sa « yellow army ». Le boulot passe tout de même bien avant le rugby ça va de soi et ça va aussi plutôt bien pour Michel Lagan qui va gravir, un à un, tous les échelons du management « intra muros » pour arriver au poste de DRH de l’entité commerce! La pudeur, encore, lui fait dire qu’il « y a de réelles possibilités de parcours, à l’intérieur de l’entreprise même si l’on rentre par une petite porte. » Bon, il n’apprécie pas particulièrement de parler son ascension professionnelle, pas davantage de parler de lui, il l’avoue avec cette jolie formule « je n’aime pas être seul ». C’est ce qui explique ces engagements d’abord au sein de « Lagunt Eta Maïta » puis… à la pelote, on va enfin y venir à son arrivée au club.
De retour, l’Amicale...
2017 sonne l’heure de la retraite, Michel Lagan et son épouse « Babeth » viennent de vivre 17 ans à Clermont, 17 ans c’est une vraie tranche de vie, une véritable insertion dans cet univers, « oui on s’y trouvait bien » souligne Michel Lagan. C’est pourtant la décision d’un retour au pays qui l’emporte, « à Clermont, chez Michelin, beaucoup sont d’ailleurs, donc beaucoup de copains sont partis. » C’est un premier élément, le second il est familial, les Lagan ont trois filles dont l’aîné et la cadette, Marion et Léa, sont parties professer l’anglais à Paris. Emilie elle, a installé son cabinet dentaire à Capbreton, entre Paris, où Michel a déjà donné professionnellement et le bord de mer à deux pas de Pau, c’est le choix du retour au pays qui l’emporte.
De retour chez lui Michel Lagan, reprend le chemin de l’Amicale des basques naturellement, ce n’est plus le stade Michelin qu’il fréquente mais le Hameau, plus l’ASM qu’il supporte mais la Section.
...Et la Section pelote
Et puis bien entendu on ne peut appartenir au clan Olharan sans toucher de près ou de loin à la pelote, sans passer par le trinquet de chez Etchebarne, sans être un des fans de Jean Do, le champion de la famille. C’est donc presque naturellement que Michel Lagan, sportif et associatif, dans l’âme glisse doucement mais sûrement vers la section pelote de la Section paloise. « J’ai demandé à Jean Marc s’il pensait que je pouvais rendre quelque service » ? La réponse du beauf’ fut plutôt trois fois oui qu’une seule. « Je n’ai aucune crédibilité pelote » dit humblement celui que Gérard Pierrou accueille comme une compétence supplémentaire à ses côtés. Michel Lagan le concède, il est à l’aise avec les chiffres, les gros dossiers ne l’effraient pas, sa carrière l’a aussi conduit à manier le juridique, il a enfin la sagesse de ceux qui réfléchissent toujours avant de prononcer un avis ou de trancher dans le vif, bref c’est une recrue de choix pour un club, en même temps qu’une personne très agréable à rencontrer .
En fait, s’il y a un reproche, un seul à lui faire c’est de n’avoir su faire que des filles, qui de surcroît lui ont donné trois petites filles ! Ainsi, à plus ou moins long terme, le risque de voir ce nom basque qui ne fait pas basque du tout risque-t-il de disparaître. Or pour tout ce qu’il a apporté à la culture de cette communauté ce serait dommage… Pour l’originalité de l’histoire aussi.
Gérard Bouscarel
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