Main nue quand tu nous tiens...

Un vent de jeunesse souffle sur la main nue… Bien sûr, l’affirmation venant de deux jeunes joueurs confirmés, elle pourrait prêter à débat, à défaut de contestation, mais, on va le voir, elle est si joliment défendue et plus encore, si affectueusement étayée qu’on ne résiste pas au plaisir de venir partager avec vous, le moment que l’on a passé en compagnie de Julen Mariluz et d’ Eliandé Orhatégaray.
On rappelle que ce sont les deux tricolores auxquels Serge Maïté et Gérard Pierrou avaient collé le label « équipe de France » pour défier son homologue espagnole dans le cadre de la partie de gala qui ouvrait les cérémonies de l’anniversaire du complexe de pelote de Pau.
Deux super garçons...
Ce rappel effectué on précise que l’on a rencontré et découvert deux garçons bien sous tous rapports, d’une gentillesse qui n’eut d’égal que leur politesse, ça peut paraître dérisoire mais ça ne l’est pas, deux garçons qui sont tombés en extase devant le complexe palois qu’ils découvraient, deux garçons qu’il a fallu « gronder » quand on les pria de ranger le billet qu’ils avaient sorti pour payer leur canette d’« Ogeu » à la buvette du club.
C’est là, au coin du comptoir, qu’on est allé les trouver ces deux athlètes bien taillés, si bien qu’il auraient pu sans trop de problèmes tâter de bien d’autres disciplines et y connaître semblables réussites… Et c’est là que, vilains et coquins, on a sciemment joué avec eux au rabat joie, à celui qui entendait faire passer la main nue pour un sport d’un autre temps, d’un autre âge, bref de quelque chose d’aujourd’hui désuet, qui risquait d’égratigner leur image d’hommes modernes !
… Bien de leur temps
Peut-être aurait-on été en compagnie d’autres garçons que Julen et Eliandé, se serait-on fait ramasser, renvoyer dans notre en-but, et auraient-ils couper court au dialogue.
En guise de quoi, ils sont restés les mêmes, gentils et polis et puis croit-on, ont-ils pris un vrai plaisir à parler de leur sport, mieux à défendre leur main nue tout en restant des garçons de leur temps, Julen, l’éducateur sportif pour personne en situation de handicap porte un pendentif aux oreilles, quand Eliandé, le fabricant de pelote au pays, porte un pull marin qui lui moule le torse façon « tablettes ».
La première cancha c’est la cour de récré
La main nue, tous deux la pratiquent depuis leur plus jeune âge, 6-7 ans pour Elinadé à Bidarray, 7-8 à Sarre pour Julen, confirmant ainsi ce que Serge Maïté nous confiait quand il disait que ce « sport apprenant la douleur, il fallait le commencer très jeune... »
A ces âges là, c’est la cour de récréation de l’école qui est le premier terrain de jeu et au Pays Basque, la cour de récréation elle est synonyme de pelote, celle où l’on n’a besoin que d’un mur et d’une main… Là, ils se sont mis, tous deux, les premières peignées au point de « retourner en classe en ne pensant qu’à la prochaine récré et à rien d’autre » ou alors, « en nage, les bras trempés de sueur venant coller sur les pages du livre ou du cahier... »
Le « mal de main »
C’est un plaisir qui dure « souvent jusqu’au collège » assurent-ils d’une même voix, « tu peux faire le tour du Pays Basque, tu verras à l’intérieur surtout , c’est partout pareil, dans toutes les écoles » nous mettent-ils au défi. Eliandé s’en excuserait presque même, à sa façon, avec une belle expression, « c’est couillon de caricaturer ainsi mais le plus souvent, chez nous, tu avais le choix entre rugby et pelote pour les garçons et puis hand et pelote pour les filles ».
Bien sûr comme partout les choses évoluent, mais l’essentiel pour Julen Mariluz c’est de ne « pas trop perdre cet attachement parce qu’on en perd assez avec le mal de main. »
Et le champion du monde espoir 2025 d’expliquer qu’il est lui même assez fragile des mains et que pour la partie de Pau il a mis de « grosses protections sur ses mains, j’ai moins mal en jouant mais en même temps je n’ai pas les mêmes sensations de toucher avec la pelote. En championnat, ou pour des parties plus importantes, je mets de moins grosses protections mais je joue alors avec le mal. »
« Tu n’arrêtes pas parce que tu as a mal »
Le mal de main, c’est celui qui pour l’un comme l’autre, « peut te faire jouer trois parties puis rester deux mois à la maison, » d’où très vite la nécessité d’accorder le « plus grand soin aux...soins. »
Comme le précisait encore l’ami Maïté, « la main nue c’est apprendre la douleur». Nos deux champions font une comparaison avec les sports de combat: « dans ces sports là, ce n’est pas parce que tu as mal que tu t’arrêtes, mal ou pas tu continues, tu n’as pas de remplaçants. Il faut s’accrocher. »
Idem pour un titre mondial chez les espoirs, « oui, c’est l’aboutissement de quelque chose mais c’est tout, ça ne te garantit rien du tout. » avance ce fils et petit fils de « manistes ».
C’est qu’il y a aussi la particularité de la pelote à considérer. Autant le haut niveau rajeunit ses cadres dans bien des sports, autant ce n’est pas envisageable quand on joue à la main nue.
« Tu ne verras jamais chez nous un pépite éclore au même âge qu’ont éclos les Bielle-Barrey, les M’Bappé, d’autres encore. A main nue, il faut de la maturité et puis de gros moyens physiques. »
Jamais le même partenaire
Et si c’était tout… Mais non, « il est impossible chez nous de toujours gagner. » cinglent nos deux garçons, la passion au bord des lèvres : « nous sommes un sport où on ne fait que changer de partenaire, il faut donc s’adapter au trinquet, aux pelotes, au coéquipier, en fait il faut s’adapter à tout et c’est la grande complexité de la pelote. » Tente-t-on alors d’être une dernière fois désagréable, en avançant que c’est la raison pour laquelle on joue de moins en moins à la main nue et voilà qu’on essuie une nouvelle riposte de nos deux « avocats ». Toujours très courtoise mais ferme, « détrompez- vous, il n’y a jamais eu autant de jeunes qui jouent mais comme précisez avant, le chemin est long avant d’y arriver, long et périlleux puisque lié à la main qui n’est pas un instrument comme les autres... »
Mais pour ne pas nous paraître totalement désagréables, Julen et Eliandé nous concèdent que oui, il y a bien quelque chose qui vieillit à la main nue , « c’est notre public, il est fidèle mais il est vieillissant, c’est vrai. »
Il était l’heure de vider l’Ogeu et de passer à table, l’heure de leur avouer que leur sport on l’adorait, qu’il était d’un brutale beauté. L’heure de les remercier.
Gérard Bouscarel
Découvrez notre boutique officielle
Équipez-vous avec nos articles officiels : maillots, sweats, pantalons, sacs et plus encore, pour soutenir votre équipe avec style !



