VI- La petite maison, le chantier à l'arrêt

C’est le long du Cami salié et de ses légendaires platanes que se développe le complexe de pelote palois. Les promeneurs du dimanche interrompent souvent leur randonnée, l’été, pour regarder la partie de grand gant qui se déroule en plein air à quelques mètres de là, derrière le grillage qui clôture l’enceinte.
Savent-ils tous que sous leurs pieds passe l’antique voie salière venant de Salies de Béarn, très gros producteur d’un sel d’une pureté telle que depuis la préhistoire elle a été tracée pour traverser tout le piémont pyrénéen d’est en ouest jusqu’à Bayonne puisque le sel est aussi, très précieux aux artisans producteurs du jambon...de Bayonne.
Cami salié, la route du sel
Son histoire est donc étroitement liée à celle du sel de Salies mais pas que. Toutes les études menées se rejoignent pour dire que le Cami salié croisait sans aucun doute la via reliant Caesar Augusta à Beneharnum, soit Lescar.
Il est ainsi tout au long de son parcours, parfaitement retrouvé à Pau et Lescar, jalonné de tumulus. Ce sont des monticules de terre sous lesquels, généralement, se trouvent des tombeaux dont l’importance dépend bien entendu du statut du défunt reposant là. Il n’y a donc pas de célébrités reposant à l’ombre des grands arbres, mais les archéologues ont tout de même retrouvé lors de fouilles à Lescar une urne funéraire renfermant une fibule, c’est à dire l’ancêtre de l’agrafe. Pour l’anecdote, on notera qu’aucune pièce n’a jamais été mise à nu lors de ces fouilles, ce qui signifierait, peut-être, que les marchands de sel et leurs clients pratiquaient le troc.
"La petite maison dans la prairie"
Si l’on parle ainsi longuement du Cami salié, c’est qu’il va s’immiscer assez rapidement dans le chantier du complexe, on y reviendra. En revanche ce n’est pas sous un monticule de terre mais bel et bien au grand air, au vu et au su de tous que se trouvait une petite maison plantée là. On y tombait, presque nez à nez dessus, en arrivant en haut de l’avenue Montardon quand elle croisait le Cami salié ! Elle n’avait rien de particulier, sinon qu’elle n’était pas plus grande que celle de la série télévisée « une petite maison dans la prairie », mais c’est vrai qu’elle était attachante, comme un peu perdue, seule, dans des champs bien trop grands pour elle. Et puis, elle faisait le lien entre le milieu rural, la campagne, qu’elle symbolisait au milieu de ce qui n’était jadis que lande marécageuse, et le modernisme urbain galopant que le Zénith, le Palais des sports, l’immense parking goudronné représentaient déjà.
Stop, on fouille !
Elle fut la première « victime » du chantier cette maisonnette qui n’était plus habitée depuis longtemps et elle disparut dès le début des travaux visant à aplanir le terrain sur lequel le complexe allait être posé.
Ce n’était pas une affaire d’état, personne ne s’en est ému jamais, il n’y avait aucune offense à un quelconque patrimoine, non rien de rien sinon un petit clin d’œil à celle qui s’effaçait discrètement au profit du bien plus imposant complexe de pelote.
Mais il était écrit que rien ne serait épargné à ce complexe qui ressemblait de plus en plus à l’Arlésienne… C’est André Labarrère lui même qui dans sa chronique du maire, qui ouvre traditionnellement la séance du conseil municipal, annonçait, en juin, le nouvel accroc, la direction régionale de l’archéologie lui avait fait savoir que deux tumuli (chambres funéraires) de l’époque protohistoriques se trouvaient peut-être dans le périmètre du terrain alloué à la construction du complexe. C’était bien évidemment l’arrêt immédiat des gros engins, au profit des plus petits engins, et des balayettes. Gérard Pierrou, qui ce soir là était le rapporteur du dossier, ne cachait pas ses craintes et espérait qu’il n’y en ait pas davantage des tumulus, et puis que surtout ils ne renferment plus rien « ce serait le pire du pire.
Pas de tombeaux en sous sol.
Le bilan des fouilles, au mois d’ août 2000, était finalement déclaré « décevant » par les archéologues dépêchés sur place même si l’un des deux tumulus mis à nu avait du contenir du mobilier, daté du néolithique, entre l’âge du plomb et l’âge du fer, ce qui en faisait le plus ancien du site du Pont Long.
Il n’y avait donc plus de tombeaux en sous sol, le chantier pouvait reprendre enfin mais sur fond de polémique puisque durant la période d’interruption, les coûts s’étaient envolés et donnaient du grain à moudre à l’opposition municipale. De surcroît un nouvel appel d’offre allait devoir être lancé compte tenu de ce que tous les postes n’avaient pas été couverts et que l’entreprise de peinture allaient finalement faire défaut… La bonne nouvelle, enfin, c’était que la loi validant les paris étaient sur le point de sortir du cabinet de la ministre des sports Marie George Buffet !
Gérard Bouscarel
A suivre : VII « nous sommes assis sur la place »
Sur nos photos :
de g à dr : La reproduction des coupures de presse de Sud-Ouest et de Pyrénées-Presse relatant l’épisode archéologique des tumuli du Pont Long qui ajoutèrent encore du retard au chantier du complexe de pelote.
L’avancée des travaux dans les différentes structures du complexe où le mur de frappe du jaï alaï a été monté le premier.
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