Kiki Gosselain, passion pelote et montagne

C’était la première à lui faire de l’ombre le matin, quand elle ouvrait, gamine les volets de sa chambre dans la maison familiale de Bedous, là où, avec un frère et une sœur, elle a vécu une « enfance dorée ».
C’est la dernière à lui avoir donné un rendez vous très cruel, un matin de ce mois de mars, sur les pistes de Val Thorens où la neige et le brouillard se mariaient si bien qu’on ne distinguait plus l’une de l’autre. Skis au pieds, elle évite l’amas de glace, mais pas « la marche » cachée.
Éprise de libertés, dévoreuse de grands espaces, la voilà l’intrépide, prisonnière, huit semaines, d’un horrible corset pour réparer un bassin, une hanche, une vertèbre malmenés dans la chute.
La montagne! Elle a accompagné Marie France Gosselin bien plus connue sous le petit nom de « Kiki » depuis toujours. L’accompagnera-t-elle encore après cet accident ? Elle dessine, avec son index un grand point d’interrogation sur le coin de la table...
La montagne et un tas de sports
C’est à se demander comment elle a réussi à intercaler une vie de pelote, puisque c’est bien aussi un pan de vie qu’elle a consacré à cette activité, dans cette existence si structurée. En réalité la question est très mal formulée, mieux vaut la laisser, ce petit bout de femme toujours en mouvement, énumérer les sports auxquels elle a touchés, entre Bedous et Pau, ses ports d’attache à la fois scolaire et universitaire, et puis ses liens professionnels qui, de Pau à Lacq ne l’ont pas beaucoup plus éloignée de ses Pyrénées, encore que. « J’aurais été prof de sports, c’eut été pareil, sourit Kiki Gosselin, qui consent à se souvenir qu’elle avait de « très bonnes notes en sport ». Elle continua donc à multiplier les plaisirs uniquement pour le sien puisqu’elle emprunta une toute autre voie que l’enseignement du sport pour entrer dans la vie active.
Bedous, l'espace de liberté totale
L’école à Bedous et tous les plaisirs qu’offrent naturellement le site, la montagne, le gave, le vélo, le fronton, la rando, puis le lycée Marguerite de Navarre, « que du plaisir » de la 6ème au Bac avec le hand mais aussi l’internat pour meubler l’emploi du temps, enfin la Fac à Pau, branche « MPC » lisez Math-Physique-Chimie, on dit que c’est celle des « cailloux », « les copines me manquaient, c’était pas très gai, j’ai moins aimé. » Le prolongement et la conclusion du cursus c’est Bordeaux pour aller valider un BTS d’assistante d’ingénieur en construction mécanique. Le stage de fin d’études, Marie France Gosselin l’effectue à la « SNPA » dont les anciens savent qu’elle est le « Total énergies » d’aujourd’hui après une appellation supplémentaire, entre temps, celle d’ « Elf Aquitaine ». La jeune Marie France qui n’est encore que mademoiselle Casaurang, l’ignore alors, mais, là où elle vient de poser un pied, elle s’ancre jusqu’en 2007 à l’âge de venir cocher la case retraite… « Que du bonheur encore une fois, au centre de recherche comme à la production, à Lacq, ou bien encore lors des missions qui la conduiront en Norvège, en Italie, en Angola, au Gabon, au Nigéria. Il suffit de l’écouter pour comprendre que c’est un itinéraire de vie qu’elle reprendrait volontiers sans changer le moindre tournant si c’était à recommencer…
Le doublé chez « Etchebarne »
Les activités sportives, les gens de cette grande entreprise ont le loisir de les pratiquer sur les installations du stade Blanchard, vieille institution paloise sur le boulevard Hauterive, qui, l’air de rien offre 14 possibilités de pratiques différentes. Le club de tennis, l’USPA y est basé et Marie France qui devient Gosselin en 1971, y jouera, comme elle jouera au squash. Mais c’est à la pala le plus souvent et presque toujours avec Anne Fortané une de ses meilleures amis qu’elle y va taper. C’est là encore que Jean Baptiste Irigoin, dont le nom ne cache rien de ses origines, leur propose, aux deux filles, d’aller « jouer chez les basques » !
Chacun sait à Pau, mais pas seulement, ce que signifie de jouer chez les basques. Il y a des lustres que le tournoi de chez Etchebarne, ce trinquet privé construit par l’ancien patron de l’AGPM en 1962 sur sa propriété de l’avenue Rauski, entre Jurancon et Gan, est un véritable hymne à la pelote, la communion de toute une communauté. Marie France et Anne ne viennent pas seulement jouer chez « Etchebarne, elles remportent le tournoi et pas qu’une fois, non, elles réalisent le doublé, fronton place libre et trinquet.
La Section depuis 1985
La « performance ne passe pas inaperçue », il n’y a pas de « mercato » à la pelote mais des gens dont la passion est communicative. Anne Marie Irigoyen, est en charge, à la Section Paloise, du secteur féminin. Alors le plus simplement du monde, peut-être même autour du verre de l’amitié, elle leur propose de venir s’essayer au stadium de la gare. L’essayer c’est l’adopter, Marie France Gosselin n’est pas la première de notre galerie de portraits consacrés aux dirigeants palois les plus influents à reprendre la maxime à son compte. La voilà en 1985 licenciée du club palois. Là encore, comme chez « Total » elle ne sait pas que le pied qu’elle vient de poser en terre « verte et blanche » prendra racine. Elle y est aujourd’hui toujours membre du comité directeur. « Ca n’a pas traîné » se souvient Kiki Gosselin, « Anne Marie nous a attribué une équipière et on a disputé le championnat directement ! « J’ai joué avec Corine Altuzarra, la fille de Jean Pierre, tout allait bien, jusqu’à la finale où on est tombé contre Sophie Claverie, joueuse du club comme nous mais contre laquelle nous n’avions jamais joué. Ce jour là nous avons compris qu’elle n’était pas au même niveau que nous mais bien au dessus...»
La pelote dans la peau
Aucune amertume, aucun regret, Marie France Gosselin a fait à la pelote comme elle a toujours fait, partout où elle a pratiqué, c’est à dire privilégier le plaisir du jeu, celui des belles rencontres. Le résultat n’ a jamais eu le moindre impact sur son enthousiasme, « nous avions ça dans la peau » dit-elle au souvenir des entraînements et des parties de championnat qu’elle partagea longtemps aussi avec Françoise Péré et Joelle Cazenave,
Quant elle fait le résumé de sa carrière c’est très court, elle était faite pour le championnat du Béarn, pas celui de dessus, l’inter ligues à l’époque, « On y est allé oui quelque fois et on a fait un tour et puis c’est tout, ce n’était pas pour nous. »
La suite est d’une logique élémentaire, elle troque le pantalon blanc pour la veste du dirigeant pour prendre en charge la section féminine du club, une section dont elle rappelle fièrement qu’elle compta jusqu’à 52 joueuses.
Les convocations par courrier
Organisation, inscriptions, planing des entraînements à Clermont, convocations, le quotidien d’un responsable en somme, rien de bien original donc sinon qu’au début « nous ne connaissions pas internet et que c’est par courrier que nous fonctionnions... »
Il y a désormais deux ans que progressivement Marie France Gosselin a passé la main, au niveau pelote, ski et montagne sont à ce jour mis entre parenthèses mais Marie France Gosselin ne s’ennuie pas pour autant. Ses deux filles, Stéphanie et Sophie, cette dernière joueuse de pelote, lui ont donné cinq petits enfants, on serait prêts à parier que pour aller promener, ils avaient le choix entre... la montagne et la pelote, ses deux passions !
Gérard Bouscarel
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