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I- Jean Pierre Etcheverry: "la pelote au dessus de tout"

Les récents championnats du monde de Buenos Aires et de Colonia ont fait remonter des souvenirs vieux de 60 ans ! En 1966, ce même fronton uruguayen abritait pareillement la compétition de cesta punta. Les conditions n’étaient évidemment pas les mêmes, la pelote ne se vivait pas de la même façon non plus… Nous avons donc plongé dans le monde des pionniers en compagnie de Jean Pierre Etcheverry, le premier joueur français à avoir rejoint le fronton de Miami…
5.11.2026
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Saint Sébastien, le 28 septembre dernier, J.P. Etcheverry au premier rang, tout à fait à gauche.
Saint Sébastien, le 28 septembre dernier, J.P. Etcheverry au premier rang, tout à fait à gauche.

« Je le dis à tous les parents des gamins qui viennent ici, s’ils ont besoin de quelque chose, je suis là… Ca fait du bien de savoir qu’il y a quelqu’un sur place pour vous aider quand vous débarquez non ? »

Jean Pierre Etcheverry, ce biarrot «  de mère cibourienne et de père bidartar »  aurait bien aimé lui qu’il y ait quelqu’un ce 5 janvier 1970 quand il débarqua à Miami, une valise dans une main, un contrat pour le jaï alaï dans l’autre. Mais il n’y avait personne, pas plus qu’il y eut, plus tard  une main pour se lever quand le « boss » du fronton demanda s’il  y avait quelqu’un pour héberger le premier joueur du pays basque nord  à rejoindre le fronton de Miami. S’il ne fut pas le premier des joueurs de punta français à traverser l’Atlantique pour venir « réaliser le rêve américain», ce privilège revint en 1964 au jeune luzien de la rue Courade, Jeannot Saint Esteban connu sur les frontons sous le pseudo de « Tsitsi, Jean Pierre Etcheverry inaugura pour sa part la liste de ceux qui vinrent jouer à Magic city.(*)

Trois mexicains et des spaghettis bolognaises

C’est donc en compagnie de trois joueurs mexicains qu’il logea dans un appartement devenu un peu à l’ étroit, ce qui le fit dormir sur le sofa de la grande pièce de vie. On ne parlait pas encore de colocation mais bien de regroupement économique. Il y aurait eu matière à vite regretter son pays basque natal et le confort de la maison familiale, si le jeune Etcheverry n’arrivait pas là où il voulait arriver, au pays du paradis des puntistes, si désormais le moteur qui le poussait, le seul et unique, n ‘était, « la pelote au dessus de tout. »

Et même au dessus des tortillas mexicaines, puisque c’est lui qui prit en charge la cuisine et fit découvrir à ses partenaires  l’un des plats préférés des sportifs, les spaghettis bolognaises. « Ils n’en n’avaient jamais mangé » se souvient Jean Pierre Etcheverry qui se rappelle de tout  avec une mémoire à l’image de sa corpulence, grande, et dont les souvenirs sont aussi précis que sa carrure en impose encore à 77 ans. Il a même fini par les considérer ses compagnons de la première heure, « il y avait Gino, Garry et Pittya qui descendait lui d’une tribu indienne » C’est que du côté du fronton, il ne l’était pas lui,  considéré, pas même au point d’aller boire un verre avec les autres en quittant le fronton, « j’avais droit à un non non on rentre et cent mètres plus loin je les voyais réunis dans le premier bar venu ».

Joueur de l’année en 1979

Trop peu pour le décourager, même s’il fut « parfois un peu perdu »  la cancha allait se charger de faire rentrer les choses dans l’ordre, et puis l’arrivée d’un second français, le béarnais de Caresse Cassaber, Serge Camy, régla l’affaire définitivement. Et il vécut ainsi à Miami son « rêve américain » jusqu’en 1982 et le prolongea 4 ans encore à Harford. « Le patron de Miami, Berenson, y avait ouvert un fronton et il me proposa d’y aller porter la bonne parole », j’y suis allé mais loin de Miami, de ma famille j’en ai eu vite marre et puis j’avais entrepris ma reconversion en suivant des cours de massages spécifiques  pour sportif, alors j’ai décidé d’arrêter, j’avais 37 ans ». En blouse blanche cette fois, après seize ans sur les canchas de Floride, Etcheverry le masseur eut aussi ses succès, il fut au chevet des « Dauphins » la franchise de NFL de Miami durant deux ans, il massa également Monica Puig la tenniswomen portoricaine, première championne olympique de son pays, c’était à Rio en 2016.

Stages d’été à Markina

Mais c’est bien évidemment la pelote, le grand gant d’abord, la punta ensuite, qui a couronné ce grand gaillard dont les aptitudes  pour ce sport apparurent très vite  dès qu’il l’eut choisi de préférence au rugby qu’il pratiquait aussi jusqu’à l’âge de 14 ans.

Enfant du BAC, le club de Biarritz  où son père n’était pas seulement le pilier de l’équipe de rugby à 13, mais l’un des piliers du club tout court, il effectue une « razzia » sur tous les titres depuis les  benjamins jusqu’aux juniors et l’histoire est d’autant plus belle que c’est toujours avec les deux mêmes premiers gants, Eric Bermiolles et Francis Etcheverry son cousin. Les dons du gamin sautent aux yeux, ; oui mais son père dont l’influence accompagnera longtemps la carrière de Jean Pierre, en veut davantage alors c’est à Markina qu’il l’envoie s’entraîner deux étés de suite. « Oui, j’y ai beaucoup appris » dit aujourd’hui reconnaissant le fiston. Markina c’est l’« UNI », « UNI »  pour université, un surnom que lui a valu la grande quantité de joueurs formés puis partis outre atlantique.

Mondiaux 66 et Jeux Olympiques  68

La montée en puissance de Jean Pierre Etcheverry se confirme avec le titre national conquis à Salies alors que son père et lui ont rejoint St Jean de Luz, l’histoire avec le BAC s’étant mal terminée. Le voilà à 17ans  dans le contingent français en partance pour Montevidéo siège des championnats du monde 1966. Voilà comment dans ce jaï alaï de Colonia del Carmen associé à Sabalette (**) il décroche une médaille de bronze récompensant l’équipe 3ème d’une poule de cinq. L’Espagne devance le Mexique, la France devance les USA et les Philippines. Jean Pierre Etcheverry est la révélation de l’épreuve, or il joue à l’avant, lui qui, jusqu’à l’année précédente, jouait derrière. C'est simple, ce fuit un avant de 17 à 25 ans et un arrière à 26 ans, changements qui jamais ne nuirent à son talent  ne lui posèrent problème d'aptation. Alors il se souvient surtout d’un « jaï alaï à ciel ouvert, d’un sol en ciment si dégradé que les pelotes cassaient tous les 3, 4 points... » Rien à voir avec l’installation remise à neuf qu’il a découvert sur le petit écran…

Deux ans plus tard, à Mexico  où la pelote est sport de démonstration aux Jeux Olympiques, c’est associé à Gaby Borra (***) qu’il prend sa revanche sur le Mexique  en demi finale, « on disait à l’époque qu’en Uruguay où l’on perd 38-40, on aurait été privé d’un point »   mais les français s’inclinent, en finale, le lendemain contre l’Espagne des frères catalans Eduardo et José Maria Mirapeix.

Sa carrière s’emballe…

Il est de retour à Biarritz le vendredi 28 octobre 1968 et il entend bien profiter un peu de la vie, vu que le plus grand sérieux avait été de rigueur pour préparer les jeux ! Mais Papa lui a réservé une surprise de taille, dès le 1er novembre, le voilà tout de kaki vêtu, sur la chaise du coiffeur, la boule à zéro, le voilà bidasse à la caserne de Bayonne et consigné trois mois, le temps des classes à l’époque… Son retour à la vie civile est tout aussi loufoque, son contrat pro pour le fronton de Miami reçu le 2 janvier, il est dans l’avion le 5 et le 8, il dispute sa première quiñiéla américaine…

Même si l’on joue tous les jours, même si les soirées sont bruyantes et animées par les parieurs, le rythme  lui paraît beaucoup plus calme…Mais de toute façon, Pour Jean Pierre Etcheverry c’était « la pelote au dessus de tout. »

(*)Trois autres joueurs français traversèrent l’Atlantique  avant Jean Pierre Etcheverry. En 1968 Jean Claude Jasa, Michel Curveur et Jean Salès intègrent le fronton de Tampa.

(**) Gabriel Borra et Pierre Fourneau complétaient l’équipe de France.

(***) Serge Camy et Pierre Fourneau étaient les autres membres de l’équipe de France.

Gérard Bouscarel

A suivre : II- Les vérités de Jean Pierre Etcheverry

         

Sur nos photos:

En haut

*Jean Pierre Etcheverry à Saint Sebastien le 28 septembre derniir assiste à la finale à 4 de la "Jaï alaï league" en compagnie des dirigeants français . Il est au premier rang tout à fait à gauche avec à ses côtés, Lilou Etcheverria, Fred Cadet et Danny Erdocio. Au second plan, Didou Lopez que cache J.P. Etcheverry, Fifi Etchevery,  Eric Irastorza qui ne se sépare que très rarement de sa casquette

Ci-dessous

*C'est le "cuadro" du fronton du casino de Miami en 1972-73 avec ses deux français Etcheverry et Camy. Il marque le début d'une décennie où il fut le plus beau des cuadros jamais vu à Miami et il s'en rappelle des Argoitia (26), Urasti, Berogalbilz, (6 et 7emes au troisième rang debout) Zulaika (12) Markoidia (33), Errigoras (49), Asis (28) Rufino (30, Soroa (51), Joey (dernier du second rang) Beaskoxea (13), Urriarte (43), Mendi 29, Alberdi (15)...

*Jean Pierre Etcheverry (à g ) et Gaby Borra...au terme d'une victoire face à l'équipe d'Espagne

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