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Guillen Oyhenard, deux bonheurs à la fois

Guillen Oyhenard ne s’est pas seulement distingué par ses performances sur les canchas qui lui valent un retour en équipe de France aux côtés de Thibault Basque pour le mondial. Si le gaillard mauléonais d’1m89 a également fait l’actualité c’est qu’il produit dans l’atelier familial le gant en « 3D » dont Mathieu Christy son copain du SAM a mis au point le programme.
4.10.2026
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L'imprimante construisant un gant, Guillen Oyhenard peut en réparer u autre.
L'imprimante construisant un gant, Guillen Oyhenard peut en réparer u autre.

« DH8- Chistera 58 – avant- version 23- gauche ». Le tout petit écran de contrôle lumineux de l’ imposante machine dont la pointe de tête va et vient à un rythme aussi régulier qu’une horloge chez un artisan suisse, ne vous éclaire guère jusqu’à ce que le maître de ces lieux vous donne le code d’accès.

Version 23, ça signifie que c’est la 23ème fois que deux garçons, peut-être en passe de révolutionner la fabrication du gant des puntistes, du grand chistera des joueurs de place libre, modifient quelques paramètres, un détail parfois, de leur prototype avant de le reprogrammer et de le donner à « manger » à l’énorme imprimante « 3D ». Alors, 14 heures plus tard, à force d’aller et venir, sans jamais changer quoi que ce soit la tête de l’aiguille aura disposé sur la trame initialement posée autant de couches de plastique qu’un demi chistera en a besoin pour voir le jour.

L’atelier de l’ancien et des modernes

Il y eut un temps Ion Zabala, joueur basque de Markina, pour prêter son nom à la campagne de promotion d’un gant en carbone qui fit l’objet d’un tournoi… On ne croit pas que ce gant ait eu longue vie, peut-être même n’eut-il pas de vie du tout.

Il y a désormais  sur le marché et, déjà bien plus avancé,  le gant des ateliers « Bota Lantegia », ils sont situés à Mauléon au 2 de la rue Augustin Chaho. C’est un garage familial, en cours d’agrandissement, qui a été mis en version pelote basque sans perdre totalement son cachet d’arrière boutique où un bon café bien chaud attend le visiteur dès qu’il franchit le seuil de la porte. La grosse machine cubique et lumineuse, le pc portable qui est son cerveau, le grand écran de la télé couleur sont les seuls témoins du monde d’aujourd’hui à s’être incrustés dans un univers de tradition, des « boïnas » du champion aux peaux de chèvre et de veau, des médailles aux maillots encadrés. Alors on imagine qu’ici  la querelle des anciens et des modernes  n’existe pas.

L’antre des Oyhenard

« Bota lantegia » c’est l’antre des Oyhenard.  Guillen, 27 ans, en est l’étendard, le premier pelotari mauléonais à avoir apporté au SAM un titre de champion du Pays Basque. Il s’apprête à rallier Bilbao,  pour le voyage en Argentine  et les championnats du monde, avec l’équipe de France. André, c’est le père, mais ici c’est Aita, c’est plus joli et ça contient  toute la reconnaissance de mettre sa retraite à son service, le gant de cuir que l’on attache, le bourrelet par lequel passe la lie, et tout le reste, c’est lui le citoyen de Roquiague, 120 habitants dont les Oyhenard. Patricia, « ama », c’est la maman, elle travaille dans la sérigraphie, le bâtiment est attenant à l’atelier, elle y vient si besoin, toujours dans la discrétion.

Il y a encore Mathieu Christy qui n’est pas du tout de Roquiague, qui n’est pas un Oyhenard,  mais qui est ici comme chez lui. Le lien c’est la pelote bien entendu. Il y a joué, il y joue moins, c’est qu’il s’est mis à son compte. Il usine des pièces de précision pour l’aéronautique, Safran compte parmi ses clients. C’est lui qui a eu l’idée, mais pas seulement, de ce gant en « 3D ».

Ce gant qui parle informatique

Le 1er octobre, ce n’est pas vieux, « Bota lantegia » soufflait sa première bougie ! Un an que ce gant qui tourne délibérément le dos au bois, ce gant qui est une création entière et exclusive de cet atelier, ce gant qui parle informatique « 3D », « kevlar », plastique, quand les cesteros, tous les cesteros sans exception qu’ils soient de chez nous ou d’un peu au-delà de la frontière avec l’Espagne, n’ont jamais traité que châtaignier, noisetier, et osier, bref ce gant est d’une autre ère. Les écoliers de la pelote de Mauléon, du vénérable SAM, en ont été les premiers utilisateurs, naturellement puisque leurs gants d’avant ont déclenché la réflexion, l’étude, la longue étude, la faisabilité d’un produit nouveau, d’un produit autre.

Version 23 ! C’est à dire que c’est un demi gant gauche de la 23ème génération qui va naître ce matin là sous le ciel bien torturé d’une Soule  sur laquelle  une énorme nappe de nuages se pose comme un couvercle sur la casserole.

30 heures de dessin pour changer une seule version !

Non pas qu’il faille cacher quelque chose, non la fabrication des gants en « 3D » à Mauléon par l’atelier « Bota Lingeria » est protégée par un brevet déposé en son heure. Mais bel et bien que la formule évolue au fil des essais, des retours, des sensations, au même titre que le temps évolue et que ces nuages disparaîtront. Moins vite cependant tant  l’on touche là à un domaine de haute précision, un domaine où la main de l’homme garde la maîtrise puisque  c’est la trame qu’il aura dessinée que l’on proposera à l’imprimante magnifique exécutrice. Ainsi a-t-il fallu passer 30 heures sur la planche à dessin avant de trouver le « chaînon manquant » entre les deux versions 22 et 23, mais c’est là un peu plus compliqué que lors du jeu télévisé… Et puis comme rue Chaho, on fabrique des chistéras balayant un éventail de taille allant de 52 à 68, ce n’est pas moins de 16 trames différentes qu’il fallait fournir  à l’imprimante.

L’objectif : faire le gant des pros !

Les premiers retours  sont plus qu’un encouragement pour le tandem; de plus en plus d’écoles de pelote lui ont passé commande, c’est au tour des joueurs de la catégorie « loisir » de s’adresser à Bota, le petit bonhomme symbole dont madame Oyhenard est la créatrice, son carnet de commande devra vite passer, à ce train, au modèle supérieur, bref Guillen Oyhenard est un jeune chef d’entreprise dont le produit fait son chemin. Des écoles de pelote, et des joueurs de loisir il a gagné son pari, celui d’équiper les  joueurs amateurs adultes est en passe de l’être, reste l’ultime conquête, celle du secteur pro.  Oui, fabriquer en « 3D » le gant des joueurs du circuit pro c’est le « Graal » de notre duo souletin.

Le soir de notre venue à Mauléon, Guillen Oyhenard, se proposait d’aller tester « son » gant, le premier sorti de son atelier. Si Mathieu n’aura pas le retour immédiat c’est que le lendemain Guillen Oyhenard était attendu à Gernika pour le tournage des vidéos de présentation du « Winter série’s » qui lancera la saison 2026-27…

Il ne saura donc pas combien d’heures de dessin il lui faudra consacrer pour passer de la version 23 à la version 24, mais il sait d’ores et déjà que son « associé » intégre le plateau d’Eraman et fera ses grands débuts à Gernika dans le temple de la cesta punta en Biscaye ! On dit bien qu’un bonheur ne vient jamais seul

Gérard Bouscarel

A suivre:

II-Oyhenard-Christyn le joueur et le batailleur

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