CHAMPIONS!

Et alors, soudain, au seul bruit d’une pelote qui vient heurter le bas du mur de frappe et qui est donc déclarée faute, plus rien n’existe que l’envie de prendre son partenaire dans les bras, de le serrer bien fort, que l’envie de crier, que dis-je, de hurler sa joie, de crier très fort son bonheur. Plus rien non, sinon, l’extase.
Les sportifs qui ont connu cet honneur suprême d’un titre de champion de France, nous rapportent que c’est un instant de jouissance terrible où la fatigue et la sueur de l’effort s’évaporent comme par magie et cèdent la place à un défilé d’images, un kaléidoscope, tout en couleur, tout en sourire qui vous transporte hors du temps. Yon Gavillet et Benoît Chatelier ne sont pas de ces champions là, mais il faut désormais parler au passé, ils en sont de cette confrérie toujours très sélective, ils ont connu ce moment magique où ils sont seuls sur la planète seuls mais avec le Graal.
Une première commune
Les juges de la partie l’ont bien appréhendé cet instant de perte de contrôle des deux joueurs. C’est eux qui se sont approchés pour venir saluer les champions, quand d’ordinaire c’est l’inverse et c’est une tradition sacrée à la pelote. Tout aussi discrètement et d’un fair play qui les honore, les battus du Stade Toulousain, déçus doux euphémisme, se sont eux aussi approchés, sans s’éterniser eux qui en ont connu de ces instants où plus rien ne compte. Puis, le sourire presque aussi large que le leur, est arrivé Gérard Pierrou dont la satisfaction confinait presque à l’émotion. Au delà de l’affection qu’il porte à ses joueurs, le président n’est jamais mécontent quand son club vient rappeler que parfois la pelote n’est pas seulement basque.
Yon Gavillet et Benoît Chatelier sont champions de France, c’est une première commune et cette consécration ne devait pas être une surprise. Invaincu en poule de classement, champion du Béarn, n’ayant concédé qu’une seule et unique manche, en quart, lors des phases finales, ils possédaient même la carte de visite la plus fournie pour prétendre au rang de favoris numéros 1.
L’heure était venue
Seulement voilà, ils ne l’étaient pas, du moins, unanimement dans le milieu. Parce que même avec l’étiquette de Pau 1 dans le dos, il y avait devant eux les coéquipiers de la Section double tenants de la couronne, et puis face à eux à Anglet, ce samedi aussi pluvieux que le vendredi avait été estival, l’ogre toulousain avec Sylvain Brefel et Dan Nécol deux grands messieurs du monde de la pelote, dont les magnifiques casques tricolores témoignent d’un soucis d’élégance fort louable mais peut-être aussi d’une volonté sans doute un peu coquine de marquer les esprits adverses…Il y avait enfin la jeunesse de l’attelage, l’avant palois et l’arrière revenu de la Réunion, ne se retrouvant qu’à l’aube de cette campagne, jeunesse qui pouvait avoir la qualité de ses défauts ou bien encore le défaut de sa qualité...
Donc, s’il y avait un jour, une heure, un moment, une partie où il fallait confirmer tout ce début d’avènement, c’était bien sur cette cancha pas très sexy mais ayant le mérite d’avoir fait le plein de spectateurs, c’était bien sur cette finale.
Avis de tempête
La fin de l’histoire n’était pas écrite d’avance, loin s’en faut, mais le script était parfait pour faire une entrée dans le grand monde des couronnés par la grande porte. On pouvait redouter pour eux un surcroît d’adrénaline, il n’y en eut que très peu, on pouvait craindre qu’ils ne rentrent pas de la meilleure des façons dans ce choc et… ce fut le cas !
Oui, pour tresser les premiers lauriers de la couronne, la paire du club « vert et blanc » qui jouait en « bleu et blanc » pour la circonstance, dut se sortir de l’ornière dans laquelle elle était tombée, tout simplement parce que Yon Gavillet maîtrisa mal ses premières pelotes, beaucoup plus mal qu’un Necol qui fut le détonateur de ce 2-8 pouvant renvoyer le jeune avant à ses études. Si on ne rangea pas au fond du tiroir, les espoirs de survie à cet avis de tempête, c’est que le jeune homme, et ce fut son premier gros bon point, retrouva et son jeu et ses esprits, quant au soutien de son arrière, il savait pouvoir compter dessus, Chatelier est tout en pudeur, en discrétion, sauf quand il est en tête à tête avec la pelote… Là il cogne, là il relance, là il « errebot », là il fait tout bien et pas seulement en finale. Gavillet gratifia même les gradins de deux lâchers splendides, et puis enfin colla-t-il Necol à gauche, les plus à gauche possible puisque c’était là la ligne maîtresse de la stratégie paloise.
Retour du grand beau temps
Remontada, le terme est entré dans les mœurs il est même parfois galvaudé, alors on va s’en passer même si le retour de la Section à 9-9 y ressemblait et plus encore, quand le clignotant tout à droite, le bolide grilla la politesse aux stadistes. 13-10 si on se souvient du 2-8 initial et pour peu que l’on compte juste ça fait un 11-2 infligé. La prise de la première manche à 15-12 n’autorisait à rien sinon à donner tout de même quelques soucis à l’adversaire qui était désormais sans parachute quand son adversaire continuait à se balader, plus exactement à balader la pelote un peu partout, et même à voltiger…
Il était alors inutile de se pincer, la réalité éclatait au planchot, elle disait que Pau martyrisait Toulouse, que Pau broyait Toulouse, que Gavillet dirigeait la partie et que Chatelier la contrôlait: 11-4, c’était même manquer de respect, c’était très audacieux de jouer ainsi avec les nerfs de gens comme Brefel et Necol. Rien ne pouvait plus arriver à la Section, bien entendu ; il ne restait plus qu’à achever la bête blessée, ajouter 4 petits points de la même facture, et l’affaire était bouclée, on rentrait à la maison, déjà qu’il se faisait un peu tard puisque dans les spécialités de la pelote, il y en a une très fidèle, c’est le retard… Plus de 40 minutes au démarrage de la dernière finale !!!
Un bien beau champion
Et bien on rentrerait encore un peu plus tard puisque Chatelier se mit soudain à souffrir des coups de boutoir de ses rivaux, mais aussi d’un genou qui le chagrine depuis quelque temps et crut bon de réveiller la douleur et du même coup jouer les empêcheurs de tourner en rond… Les fautes paloises s’accumulèrent ainsi, directes le plus souvent, il y eut aussi le changement de pelote opéré par Brefel le tout livrant un renversement de situation spectaculaire : 12-12 ! Est-ce que Toulouse à son tour mettrait le clignotant à droite pour laisser la Section sur place.
Gavillet très « couillu » à ce stade de la partie tira une attaque victorieuse ras de ligne et relança la machine, Chatelier, du coup oublia, que ça sifflait fort côté rotule. Rien, plus rien, n’empêchera la Section d’aller jusqu’au bout en scotchant son rival à 12. Ce champion pour être nouveau avait de la couenne, il possédait bel et bien le profil d’un vrai grand et beau champion…
Il lui était permis de vivre ces instants où plus rien n’existe que l’extase… Nous les disons en mission sur le site, il nous auront souffler la réponse, mission accomplie !
Gérard Bouscarel
Découvrez notre boutique officielle
Équipez-vous avec nos articles officiels : maillots, sweats, pantalons, sacs et plus encore, pour soutenir votre équipe avec style !



