Imanol Lopez, La révérence de l'élégance
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Lopez ! Avec un « z » ou un « s » à la fin , ça ne change pas grand-chose, c’est un nom répandu, chez nos voisins, très répandu, peut-être le plus répandu des patronymes existants. C’est comme les Dupont, chez nous, avec un « d » ou un « t » à la fin. Sans y accoler un prénom qui fait résonner le nom par dessus les montagnes, lui fait traverser les continents, et voler en éclat cette banalité, alors il se fond dans la masse de tous ceux que « google » fait défiler page après page, comme le faisait, avant les moteurs de recherche, le bottin du téléphone.
Des gens pas ordinaires
Mais il en est des Lopez comme des Dupont, quelques uns que ce patronyme rend uniques, que ce patronyme hisse tout en haut, au firmament de leur discipline, que ce patronyme devient celui de champions hors normes. Imanol Lopez, citoyen de Zumaïa, l’un des plus beaux ports du littoral de Gipuzkoa, au bord d’une baie où les rivières Urola et Narrondo, se rejoignent, là où la montagne descend vers la mer par des falaises abruptes, Imanol Lopez est de cette caste des gens pas ordinaires, donc extraordinaires. Le joueur de cesta punta aux six titres de champions du monde, et de bien d’autres choses, a reçu de la nature un don, incontestablement, alors il s’en est emparé comme d’un trésor et il n’a fait que le faire grandir, le faire grossir, l’embellir, le polir.
L’élégance, toujours l’élégance
Au point de se retirer à 42 ans tout juste, il est né le 4 avril, le corps un peu las, l’esprit fatigué aussi, en laissant la trace d’un des grands de son sport, en rejoignant dans le grand livre d’or un Eric Irastorza, un Iñaki Goïkoxea et où les rejoindra, c’est sûr, un jour à venir, Aritz Erkiaga.
La première chose que vous renvoie Imanol Lopez c’est l’élégance. Celle de la démarche que favorise, il est vrai, son mètre quatre vingt quatorze, « à l’école comme sur la cancha j’ai toujours été le plus grand... par la taille » sourit-il. Mais pas seulement, l’élégance qui ne se voit pas aussi. Le 25 octobre dernier il annonce lors de la présentation des « winter series 2026 » que cette saison sera sa dernière saison. C’est à Gernika qu’il fait cette annonce. Anodin ? Si l’on veut, sauf que c’est à Gernika qu’il a fait, il y a presque 23 ans, ses débuts professionnels.
Et là, de cette Biscaye amoureuse de cesta punta, commence une saison comme une tournée d’adieu. Elle ira jusqu’à Dania, en Floride, pour la « Biscayne Cup » parce qu’on n’efface pas d’un trait les quinze saisons qu’il a passé sur le continent américain. Elle s’est achevée le 13 avril à Zumaïa, jour de la « Sant Telmo », le patron des pêcheurs, le jour des fêtes de la localité, parce qu’elle ne pouvait pas s’achever ailleurs, que là où tout à commencer, non pas 23 ans auparavant, mais bien davantage.
La main nue au départ
Il avait 4 ans, Imanol quand il allait déjà, à main nue, taper les pelotes sur le grand et vieux fronton de 40 mètres, sur la place du village. Il ignorait tout alors de la cesta punta, et des jaï alaï, il se mit même à jouer au hand ball puisqu’avec le football, naturellement, et la pelote c’est ce que Zumaïa offrait à ses enfants. Il aimait bien d’ailleurs manier ce petit ballon de cuir. Jusqu’à 10 ans ainsi, main nue et hand meublèrent les heures de loisir du petit Lopez. C’est à dix ans que deux copains lui font découvrir le gant et c’est à cet âge aussi qu’il sait que plus rien d’autres ne comptera. « Oui, ça m’a beaucoup plu et j’ai passé des heures et des heures sur le fronton, très curieux de tout ce qui pouvait me faire progresser. »
Son moteur : gagner, gagner et gagner !
Le jeune Lopez est-il un surdoué de ce sport ? « Non dit-il, toujours avec élégance, mais c’est vrai que les heures et les heures que j’ai passé sur le fronton m’ont permis de développer quelques aptitudes. » Et puis de gagner aussi. S’il y a une chose pour laquelle, Imanol Lopez ne se fait pas prier, c’est bien pour révéler le moteur de sa carrière : « gagner, gagner et gagner. » Il le fit souvent, très souvent et partout... » Il avait l’adresse, la précision, la vision du jeu, le tout sans jamais donner l’impression de forcer, au contraire avec le calme et l’élégance. « Il dominait le point de n’importe où sur la cancha » résume Jean Olharan qui dit aussi avoir été « impressionné par la qualité du joueur » devenu son ami.
Sait-il tout ce qu’il a gagné Imanol Lopez? Oui bien sûr il y a des trophées qui marquent à jamais, des victoires gravées si fort qu’on ne les oublie pas. Mais les autres, toutes les autres ? Non, Imanol fonçait d’un tournoi à l’autre l’été au pays, il allait d’une partie à la suivante sans trop avoir le temps de s’attarder. C’est donc à son père qu’il a confié le soin de collectionner et de comptabiliser et les succès et les « boïna », ce large béret coiffant les lauréats ! « Il y en a 2 chez moi et 76 chez mon père.»
15 ans aux Amériques
La carrière de Lopez c’est aussi et surtout l’Amérique dont on sait qu’elle fut la poule aux œufs d’or pour une génération et demi de puntistes. C’est, sur 23 ans chez les pros, bien plus qu’une parenthèse puisque 2 ans à Dania, 9 ans à Miami, et 3 à Mexico pèsent 15 ans sur cette carrière dorée. Et elle dit assez bien la qualité du joueur: une triple couronne (Miami 2015), qui cumule le « most win », le « single », et le « best » soit le plus de victoires, le meilleur des simples, et le numéro 1 de sa catégorie. « Elle était d’autant plus difficile à gagner que Goïko remportait le plus souvent le « single » rit aujourd’hui Imanol qui barrait, à son tour, la route à son pote en étant très souvent le numéro 1 des arrières. Il le fut sept fois de suite ce numéro 1 des « most win » et enleva six fois le citrus d’Orlando, l’un des tournois les plus relevés de la saison US. C’est en Floride et le nom vient rappeler combien les agrumes y profitent du soleil.
Tout… sauf le public !
Que reste-t-il de ces quinze saisons loin de Zumaïa et au-delà du « business » des quiñiélas ? « Une sensation bizarre, il y avait de très bons joueurs, pratiquement les meilleurs, donc un très haut niveau de compétition, des rémunérations très confortables et puis personne, du moins pas grand monde dans les tribunes pour nous voir jouer. »
Il y en avait bien plus et bien plus encore qu’Aitzuri, le jaï alaï de Zumaïa pouvait en accueillir pour la der des der de l’enfant du pays, le papa d’Aïtana et de Kaïa, le champion reconnu qui avait même pris, au nom de l’élégance toujours, le risque de manquer ce dernier rendez-vous… Il disputait en effet une demi finale face à J. Sorozabal et Ibarluzea, qui n’avait rien de facile tant le cadet des Soro marchait sur l’eau en ce début de printemps…
Mais Lopez, l’avoue, « j’aime la pression, elle m’enchante la pression, le défi m’a toujours motivé, il faut être un peu fou fou aussi » et puis surtout élégant, n’est-ce pas monsieur Lopez, l’homme dont le patronyme est un monument.
Gérard Bouscarel
Sur nos photos :
*Sa complicité avec Jean Olharan éclate jusque sur le podium.
*Quelques flashs de la soirée des adieux d'Imanol Lopez.
De g à dr et de bas en haut: sur le podium avec son vieux complice Aritz Erkiaga; Saisi par l'émotion. En famille avec ses deux filles et son épouse; Saluant le jaï alaï de Zumaïa venu rien que pour lui ; L'accolade avec une autre légende Goïkoxea qui fut à la fois son ami et son grand rival sur les canchas américaines. David Minvielle jeune retraité de la punta lui aussi était parmi ses invités.
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